En Belgique, le métier de comptable reste critique en 2026, mais la pénurie de talents oblige les entreprises à dépasser les seuls critères de diplôme ou d’agrément. Le rôle évolue vers celui de véritable business partner, où la communication, la gestion du stress et la compréhension globale de l’entreprise priment sur les compétences purement techniques. Pour évaluer efficacement les candidats tout en respectant le cadre légal, les mises en situation concrètes sont essentielles. Enfin, le recrutement ne s’arrête pas à l’embauche : un onboarding solide est la première clé de la rétention.

05 janvier 2026 • FED Finance • 1 min

Oubliez tout de suite l'image d'Épinal. Le comptable enfermé dans son bureau, enseveli sous des fardes, qui ne parle qu'à sa calculatrice, c'est terminé. Si vous cherchez ce profil aujourd'hui, vous recrutez pour une époque révolue.

En 2026, la réalité du terrain — de Bruxelles à Liège en passant par Gand — est radicalement différente. La facturation électronique obligatoire (B2B) a nettoyé le métier. L'encodage manuel ? Presque un vieux souvenir. L'intelligence artificielle et les outils comme Odoo, WinBooks ou Silverfin gèrent désormais le "gros œuvre" transactionnel.

Alors, que reste-t-il ? Il reste la valeur ajoutée. L'analyse. Le conseil. La relation. Aujourd'hui, un cabinet d'expertise comptable ou une direction financière ne vend plus de la saisie kilométrique. Elle vend de la sécurité et de la stratégie. Vos clients n'attendent plus juste un bilan ; ils veulent comprendre pourquoi leur marge baisse alors que leur chiffre d'affaires monte. Ils veulent savoir si c'est le moment d'investir ou de faire le dos rond.

C'est ici que votre processus de recrutement actuel échoue probablement. Vous recevez des CV techniquement impeccables. Les candidats maîtrisent la fiscalité IP, les droits d'enregistrement et les dernières circulaires ITAA. Sur le papier, c'est parfait. Mais une fois en poste, ça coince. Le collaborateur brusque un client au téléphone. Il panique à la veille de l'échéance TVA. Il refuse d'aider un collègue junior.

Résultat ? Vous avez recruté un technicien, mais vous aviez besoin d'un consultant.

La pénurie : un accélérateur d'erreurs

Le contexte belge est brutal. Selon les dernières listes du Forem et d'Actiris (2025), les métiers du chiffre squattent toujours le haut du classement des fonctions critiques. C'est une guerre des talents. Face à cette pénurie, la tentation est grande de baisser la garde. De se dire : "Il a le diplôme, il connaît la TVA, on le prend, on verra bien le reste plus tard."

C'est une erreur stratégique majeure. En 2026, un comptable junior démarre souvent entre 2.400 € et 2.800 € bruts (hors voiture de société et avantages nets). Un profil senior ou manager flirte avec les 4.500 € - 5.000 €. Ajoutez à cela le coût de l'onboarding, les licences logicielles et le temps de formation. Si ce collaborateur part (ou doit être licencié) après 6 mois à cause d'un manque de savoir-être, la facture est salée. Sans parler de l'impact dévastateur sur le moral de l'équipe restante qui doit absorber la charge de travail.

Hard Skills vs Soft Skills : L'équilibre a changé

Soyons clairs : la compétence technique (Hard Skills) reste le ticket d'entrée. Un comptable qui ne maîtrise pas le Code des Sociétés et des Associations (CSA) est inutile. C'est non-négociable.

Mais la technique a une date de péremption. Ce qui était vrai fiscalement en 2024 ne l'est peut-être plus en 2026. Les lois changent. Les logiciels évoluent (regardez la vitesse d'adoption de l'IA dans les fiduciaires). Les Soft Skills (compétences comportementales), eux, sont durables. C'est le système d'exploitation du collaborateur.

  • Sa capacité à apprendre (Learnability).
  • Sa résilience face au stress des clôtures.
  • Son empathie envers un client en difficulté financière.

C'est ce capital humain qui permet à votre structure de s'adapter aux chocs. Recruter uniquement sur la technique, c'est investir dans un actif qui se déprécie. Recruter sur les soft skills, c'est investir dans le potentiel de croissance.

Le défi pour vous, recruteur ou manager, est donc immense : comment détecter ces compétences invisibles lors d'un entretien d'une heure ? Comment savoir si ce candidat, si brillant techniquement, ne va pas exploser en vol à la première période fiscale intense ?

C'est précisément ce que nous allons décortiquer.

GRILLE D'ANALYSE – LES SOFT SKILLS DU COMPTABLE "BUSINESS PARTNER"

Entrons dans le vif du sujet. Vous savez que le profil a changé. Mais concrètement, que devez-vous chercher ? Si vous scannez un CV en cherchant uniquement "rigueur" et "organisation", vous restez en surface. En 2026, la performance d'un comptable en Belgique repose sur quatre piliers comportementaux bien précis.

1. L'Agilité Numérique (ou "Tech-Savviness")

Ce n'est plus une option. C'est le moteur de la profession. Dans la plupart des cabinets modernes, l'encodage manuel a disparu. Votre futur collaborateur ne passera pas ses journées à saisir des factures d'achat. Il passera ses journées à superviser des flux de données entre des ERP clients, des plateformes de pré-comptabilité (type Yuki ou Codabox) et votre logiciel comptable central.

L'agilité numérique, ce n'est pas savoir utiliser Excel. C'est une tournure d'esprit. C'est la capacité à ne pas paniquer quand une API se déconnecte. C'est la curiosité d'aller tester une nouvelle fonctionnalité d'automatisation sur Bob 50 avant même que vous ne le demandiez. Un candidat qui vous dit "J'ai toujours fait comme ça sur papier" est un danger immédiat pour votre productivité. Vous cherchez quelqu'un qui voit l'IA non pas comme une concurrente qui va voler son travail, mais comme une assistante qui va le débarrasser des tâches ingrates. Cette ouverture d'esprit est le premier soft skill à valider.

2. La Traduction Financière (Communication Client)

C'est ici que se joue la rétention de vos clients. Un bon comptable parle deux langues : le "Comptable" (Crédit, Débit, Amortissement, DNA) et le "Client" (Cash, Bénéfice, Taxes). Le problème, c'est que beaucoup de techniciens restent bloqués sur la première.

Imaginez la scène. Un de vos clients, un restaurateur bruxellois, vous appelle. Il est inquiet pour sa trésorerie. Le mauvais comptable lui récitera le compte de résultats ligne par ligne. Le client raccrochera, confus et frustré. Le bon comptable — celui que vous voulez recruter — traduira : "Tes charges de personnel ont augmenté de 12% ce trimestre alors que ton chiffre a stagné. C'est là qu'on perd de la marge. Regardons ensemble les plannings." Cette capacité de vulgarisation est rare. Elle demande de l'empathie (comprendre l'angoisse du client) et une clarté d'esprit redoutable. Lors de l'entretien d'embauche, testez cette compétence sans pitié. Si le candidat ne peut pas vous expliquer un concept fiscal complexe avec des mots simples, il ne pourra pas le faire avec vos clients.

3. La Gestion du Stress (Résilience Fiscale)

Le calendrier fiscal belge est un rouleau compresseur. Déclarations TVA mensuelles ou trimestrielles, précomptes professionnels, clôtures annuelles, déclarations ISOC, fiches 281... Les "deadlines" sont légales et tombent souvent toutes en même temps. Dans ce contexte, la rigueur seule ne suffit pas. Il faut de la résilience.

Certains candidats s'effondrent sous la pression. Ils deviennent agressifs, font des erreurs d'inattention fatales ou se mettent en arrêt maladie au pire moment (souvent en octobre-novembre). D'autres, au contraire, se révèlent dans l'urgence. Ils savent prioriser. Ils savent dire "OK, je ne pourrai pas tout faire aujourd'hui, mais voici ce qui est critique pour éviter une amende au client". Cette gestion du stress est vitale pour la santé mentale de votre équipe. Un collaborateur qui propage son angoisse contamine tout l'open space. Vous cherchez un "absorbeur de stress", pas un amplificateur.

4. L'Éthique et la Posture Conseil (Esprit Critique)

L'expert-comptable est le confident du dirigeant. Il voit tout. En Belgique, la déontologie dictée par l'ITAA (Institute for Tax Advisors and Accountants) est stricte. Mais au-delà des règles écrites, il y a la posture. Face à un client qui demande "Tu ne peux pas me faire passer cette facture de vacances en frais professionnels ?", comment réagit le candidat ? Le béni-oui-oui dira oui pour faire plaisir, exposant le cabinet à un risque majeur en cas de contrôle. Le rigide dira non sèchement, braquant le client. Le partenaire avisé dira : "Non, c'est trop risqué et illégal. Par contre, on peut optimiser ton package salarial via des droits d'auteur ou un plan warrant pour que tu aies plus de net légalement." C'est cet esprit critique, orienté solution mais ferme sur les principes, qui fait la valeur d'un profil senior.

MÉTHODOLOGIE ET ACTIONS – COMMENT RECRUTER SANS SE TROMPER ?

Avoir la liste des compétences est une chose. Savoir les détecter en une heure face à un inconnu en est une autre. Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Pour ne pas vous faire avoir par un candidat qui s'est contenté d'apprendre les "bonnes réponses" par cœur, vous devez changer votre mode d'interrogatoire.

La Méthode STAR : Votre Détecteur de Mensonges

Oubliez les questions hypothétiques du type "Comment géreriez-vous un conflit ?". Tout le monde répondra "Je privilégie le dialogue". C'est du vent. Passez au factuel. Utilisez la méthode STAR : Situation, Tâche, Action, Résultat. Forcez le candidat à vous raconter une histoire vraie, vécue.

Exemple concret pour tester la gestion de l'erreur :

  • La question classique (à éviter) : "Que faites-vous si vous faites une erreur ?"
  • La question STAR (à poser) : "Racontez-moi votre dernière erreur significative sur un dossier client. Une erreur qui a eu des conséquences financières ou relationnelles. Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment l'avez-vous annoncé au client ou à votre manager ? Comment avez-vous réparé ?"

Observez sa réaction. S'il vous répond "Je ne fais pas d'erreurs", c'est un drapeau rouge (manque de remise en question). S'il blâme le logiciel, le stagiaire ou le client ("Situation"), c'est un mauvais point (locus de contrôle externe). Vous cherchez le candidat qui dit : "J'ai oublié de déposer une déclaration TVA à temps (Situation). Le client a reçu une amende (Tâche). J'ai appelé le client immédiatement pour m'excuser, j'ai envoyé une requête en remise gracieuse à l'administration et j'ai mis en place une double vérification dans mon agenda (Action). L'amende a sautée et le client a apprécié ma transparence (Résultat)." Là, vous tenez un profil mature.

Le "Crash Test" Technique et Comportemental

Ne croyez personne sur parole. Pour les profils comptables, nous recommandons systématiquement un test technique, mais avec une "twist" comportementale. Donnez-lui une balance âgée clients un peu "sale" ou un bilan déséquilibré. Demandez-lui d'analyser les chiffres. Mais le vrai test n'est pas de trouver l'erreur. Le vrai test, c'est de lui demander : "Maintenant, expliquez ce problème à ce client (joué par vous), qui n'y connait rien et qui est pressé."

C'est radical. Vous verrez tout de suite s'il se noie dans les détails techniques ou s'il va à l'essentiel. Vous verrez s'il perd patience quand vous jouez le client naïf qui pose des questions bêtes. C'est une simulation de la réalité du poste. Si ça coince ici, ça coincera dans la vraie vie.

Le Cadre Légal Belge (Unia) : Ce qu'il faut savoir

Attention terrain miné. En voulant creuser la personnalité, certains recruteurs dérapent. En Belgique, la législation anti-discrimination est très claire et le candidat est protégé dès l'entretien. Vous voulez savoir s'il est flexible sur les horaires pendant la période fiscale ? Interdit : "Vous avez des enfants ? Qui les garde le mercredi ?" (Discrimination sur la situation familiale). Autorisé : "Entre janvier et mars, la charge de travail impose souvent de rester après 18h. Est-ce une contrainte pour votre organisation personnelle ?"

Vous voulez savoir s'il s'intégrera dans votre équipe jeune et dynamique ? Interdit : "Quel âge avez-vous ?" (Si ce n'est pas sur le CV). Autorisé : "Notre culture d'entreprise est très directe et informelle, avec beaucoup d'échanges vifs. Est-ce un environnement où vous êtes à l'aise ?"

Restez toujours sur le terrain professionnel. Jugez la disponibilité, pas la vie privée. Jugez le comportement, pas la personnalité intrinsèque.

L'Onboarding : La Dernière Étape du Recrutement

Vous avez signé le contrat. Le candidat arrive lundi. C'est gagné ? Non. Les statistiques RH en Belgique montrent qu'un gros pourcentage des ruptures de contrat a lieu dans les 6 premiers mois. Souvent, ce n'est pas un problème de compétence, mais d'intégration. Un comptable, même senior, a besoin de repères. Chaque cabinet a ses processus, ses habitudes de classement, sa manière de communiquer avec l'administration fiscale.

Ne le jetez pas dans le grand bain avec 50 dossiers dès le premier jour en lui disant "Bonne chance". Attribuez-lui un "parrain" (Buddy) dans l'équipe. Quelqu'un qui n'est pas son chef, mais vers qui il peut se tourner pour les questions "bêtes" ("Où est la machine à café ?", "Comment on archive ce mail ?"). Prévoyez des points de feedback hebdomadaires le premier mois. Pas pour fliquer, mais pour ajuster. "Comment te sens-tu avec le logiciel ? As-tu pu échanger avec Pierre sur le dossier X ?". C'est cet investissement temps qui transformera votre "nouvelle recrue" en "pilier du cabinet".

EN RÉSUMÉ

Le marché du recrutement comptable en Belgique en 2026 est impitoyable pour les employeurs passifs. Les talents ont le choix. Ils ne cherchent pas juste un salaire, ils cherchent un projet et une culture. Pour attirer et garder les meilleurs, vous devez professionnaliser votre approche des soft skills. Ne cherchez plus le mouton à cinq pattes qui sait tout faire. Cherchez la tête bien faite, capable d'apprendre, de communiquer et de résister à la pression. La technique s'apprend en formation continue (et l'ITAA l'impose). Le savoir-être, lui, est la véritable clé de voûte de votre rentabilité future.

Recrutez l'humain derrière le comptable. C'est le meilleur investissement que vous ferez cette année.

RESSOURCES & SOURCES

Pour aller plus loin :

  • [Le Forem - Métiers en pénurie] : Consultez la liste mise à jour des fonctions critiques pour ajuster vos offres salariales à la réalité du marché wallon et bruxellois.
  • [ITAA - Institute for Tax Advisors and Accountants] : Le site de référence pour vérifier les accès à la profession et les obligations déontologiques de vos futurs collaborateurs.
  • [Unia - Au travail] : Le guide pratique pour mener des entretiens respectueux de la législation anti-discrimination belge.

Sources utilisées :

  • Données internes Fed Group & Fed Finance (Analyse des placements 2024-2025)
  • Rapports annuels Actiris & Le Forem sur les fonctions critiques
  • Code de déontologie de l'ITAA
  • Législation belge sur le bien-être au travail (Risques psychosociaux & Stress)

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